Net Zero Initiative: Les 10 principes de votre stratégie climat

Comment savoir si la stratégie climat de votre entreprise est ambitieuse ? Suivez ces 10 principes portés par les professionnels du changement climatique
Neutralité carbone
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Mis à jour le :
11
July
2022
Sommaire

Pour limiter l’augmentation des températures à +1.5°C par rapport à la période pré-industrielle, la science du climat nous commande de parvenir à un équilibre entre les émissions mondiales et les absorptions mondiales de CO2, au plus tard en 2050. Cet équilibre s’appelle la neutralité carbone planétaire, ou « zéro émission nette ».

La Net Zero Initiative est une méthodologie de définition d’une stratégie climat d’entreprise ambitieuse et scientifiquement rigoureuse développée par le cabinet de conseil français Carbone 4 (leader français, dont un des associés est Jean Marc Jancovici connu pour ses travaux de vulgarisation et ayant notamment participé à l’élaboration de la méthodologie Bilan Carbone).

Les 10 principes présentés sont le fruit d’un travail collectif mené entre septembre 2021 et juin 2022 dans le cadre du projet Net Zero Initiative, en collaboration avec l’ADEME et une trentaine de professionnels du changement climatique, dont Sami. Ils ont pour objectif de définir les bases d'une stratégie climat d'entreprise rigoureuse et ambitieuse, alignée avec la science et avec les objectifs de l'Accord de Paris.

1. Approche générale

Principe 1 : Net zéro et équilibrage des émissions de gaz à effet de serre

Le net zéro désigne avant tout l’ambition planétaire d’équilibrage des émissions de Gaz à effet de serre (GES) et des puits de carbone.

L’objectif principal de l’action climat est de limiter le réchauffement à l’objectif de température défini dans l’Accord de Paris, en mobilisant de façon urgente les moyens d’atteindre collectivement le zéro émission nette de GES au niveau planétaire au cours de la deuxième moitié du siècle.

Cet objectif politique international s’appuie sur les recommandations scientifiques du GIEC. Il passe nécessairement par une réduction drastique des émissions de GES et en parallèle la préservation des puits existants et un développement rapide des puits de carbone naturels et (dans certains scénarios) technologiques.

Principe 2 : Net zéro signifie et neutralité carbone planétaire en 2050

Pour une entreprise, avoir une stratégie net zéro signifie vouloir opérer les transformations nécessaires à l’atteinte de la neutralité carbone planétaire en 2050.‍

Une stratégie climat d’entreprise doit viser à rendre les activités de l’entreprise compatibles avec un monde zéro émission nette en 2050, et doit contribuer au juste niveau à l’atteinte de cet objectif net zéro planétaire, sur différents axes d’action.

La neutralité carbone n'a de sens qu'a l'échelle de la planète, on ne peut donc pas parler de neutralité carbone en entreprise !

Principe 3 : Trois types d’action : la réduction, l’évitement, la séquestration

Pour structurer leur action climat, les entreprises doivent distinguer trois différents types d’action, non fongibles : la réduction, l’évitement, la séquestration.‍

Une entreprise dispose de trois leviers autour desquels structurer sa stratégie climat : réduire les émissions de sa chaîne de valeur, aider les autres à réduire leurs émissions, et développer les puits de carbone. Ces leviers doivent être mesurés, objectivés, pilotés et reportés séparément.

L’entreprise doit :

  • Réduire ses émissions directes et indirectes (scope 1+2+3) aux niveaux requis par les scénarios de décarbonation compatibles avec l’Accord de Paris.
  • Contribuer à réduire les émissions “chez les autres”, via la commercialisation de produits et services décarbonants, ou le financement de projets d’évitement de GES en dehors de sa chaîne de valeur.
  • Préserver et développer les puits de carbone, dans ou en dehors de sa chaîne de valeur.

Ces trois leviers sont complémentaires, non additionnables ou soustrayables, et doivent tous trois être actionnés, au juste niveau de contribution.

2. Réduction des émissions

Principe 4 : Réduire, réduire et surtout réduire

La réduction des émissions des entreprises doit être le sujet prioritaire de leur action climat.

Pour l’essentiel de leurs activités, la réduction, au juste niveau et à la bonne vitesse, des émissions directes et indirectes doit constituer la priorité absolue de la stratégie climat d’une entreprise.

Cas particuliers :

Certaines entreprises commercialisent des produits et services en lien avec la transition bas-carbone, qui permettent au reste de l’économie de réduire ses émissions. Dans l’intérêt général, il pourrait être a priori souhaitable que leur activité se développe sur ces produits et services précis, et donc que les émissions spécifiques à ces activités augmentent. 

Ce point est en cours de discussion au sein du projet Net Zero Initiative. Il reste en tout cas certain que ce type d’exemptions ne peut avoir lieu qu’à l’échelle d’un produit ou service particulier, et non sur l’ensemble du portefeuille de produits de l’entreprise.

Principe 5 : Ce qui ne se mesure pas ne s'améliore pas

Les entreprises doivent nécessairement quantifier la totalité des émissions de leur chaîne de valeur.

La mesure de l’empreinte GES de l’entreprise doit s’effectuer a minima sur l’ensemble des émissions directes et sur les émissions indirectes significatives.

L’entreprise doit quantifier et reporter l’ensemble des émissions significatives de son activité, qu’elles soient directes ou indirectes (scopes 1, 2 et 3). Une manière de mesurer ses émissions est le bilan carbone. Les émissions significatives sur lesquelles l’entreprise ne pense pas avoir de levier doivent tout de même être incluses dans l’évaluation.

Principe 6 : La science comme guide

Les objectifs de réduction des émissions doivent être cohérents avec la science du climat.

De façon incontournable et prioritaire, l’entreprise doit se fixer des objectifs de réduction de son empreinte carbone. Pour une stratégie climat crédible, ces objectifs doivent impérativement être compatibles avec les budgets carbone 1,5°C ou well-below 2°C. Ces objectifs doivent être précisés pour des horizons de moyen terme et de long terme.

Pour définir ses objectifs de réduction, l’entreprise s’appuiera sur les recommandations des référentiels et scénarios de référence. Les scénarios sur lesquels l’entreprise va construire sa trajectoire de réduction d’émissions peuvent être :

  • Des scénarios internationaux : Le SBTi demande de suivre une trajectoire de réduction compatible avec un réchauffement limité à +1.5°C pour les émissions de scopes 1 & 2, et compatible well below 2°C pour l’objectif court terme sur les émissions de scope 3.
  • Des scénarios régionaux ou nationaux, par exemple le plan de neutralité climatique de l’Europe ou la SNBC (Stratégie Nationale Bas-Carbone) de la France.
  • Des analyses par scénario effectuées en propre, et adossées à des scénarios de référence compatibles 1,5°C ou well-below 2°C.

Principe 7 : Avoir des engagements c'est bien, des résultats c'est mieux

Au-delà des seuls engagements, il est urgent que les entreprises obtiennent des résultats concrets et rapides sur la réduction de leurs émissions.

La mesure des émissions et la définition d’une trajectoire ne sont d’aucune valeur si elles ne sont pas suivies par la mise en place d’actions concrètes pour la réduction absolue des émissions, aboutissant à des résultats tangibles et en ligne avec les objectifs fixés. Pour cela, il est impératif de définir un plan d’action, c’est-à-dire une liste d’initiatives, priorisées et échelonnées dans le temps, qui devront être déployées au sein de l’entreprise afin de générer des réductions d’émissions dans sa chaîne de valeur. Les initiatives ne sauraient se limiter à des améliorations incrémentales des processus de l’entreprise. Pour délivrer les réductions d’émissions attendues, la transformation du business model, de la nature des investissements et de la stratégie d’entreprise sont incontournables. À cette fin, l’entreprise peut mener des analyses de scénarios pour l’aider à repenser son activité et la rendre compatible avec un monde net zéro. 

La réduction de l’empreinte GES de l’entreprise doit être suivie et pilotée dynamiquement au plus haut niveau de l’organisation.

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3. Contributions positives

Principe 8 : Emissions évitées et décarbonation de son éco-système

Les entreprises doivent contribuer au maximum à la décarbonation de leur écosystème en générant des émissions évitées.

En complément du travail sur la réduction de leurs émissions, qui reste prioritaire dans la majorité des cas, les entreprises sont encouragées à contribuer à la décarbonation de l’économie en générant des réductions d’émissions au-delà de leur périmètre d’empreinte carbone, quantifiées sous la forme d’émissions évitées. Il existe pour cela deux leviers principaux :

1) Émissions évitées par les produits et services : l’entreprise commercialise des solutions “bas carbone”, compatibles avec l’Accord de Paris, qui viennent décarboner l’empreinte de ses clients.

2) Émissions évitées par contribution financière hors de la chaîne de valeur : l’entreprise finance des réductions et évitements d’émissions additionnelles dans le cadre de projets développés chez des tiers, via l’achat sur le marché volontaire de crédits carbone certifiés, ou via tout autre dispositif permettant d’éviter des émissions selon une méthode rigoureuse et reconnue par des institutions de référence (exemple : méthodologies Gold Standard, Verra, etc.).

Le premier levier doit être considéré comme prioritaire par rapport au second, car il est directement lié au périmètre de responsabilité de l’entreprise.

Pour le financement d’actions en dehors de la chaîne de valeur, une attention particulière doit être accordée à la qualité des projets financés, notamment pour garantir la réalité de leur contribution carbone (en particulier : rigueur de la quantification, unicité, additionnalité), ainsi que la prise en compte des impacts sociaux et environnementaux au-delà du carbone, notamment en faveur des pays du Sud. Le recours à des labels reconnus (Gold Standard, VCS, etc.) est encouragé, certains programmes comme le Label Bas Carbone assurent la qualité des contributions. Il est par ailleurs nécessaire de rendre transparent le volume de financement alloué aux projets en dehors de la chaîne de valeur et, si pertinent, du volume de CO2 évité.

Principe 9 : Contribuer à la neutralité carbone

Les entreprises doivent développer au juste niveau les puits de carbone.

Les entreprises sont aussi encouragées à contribuer à la séquestration durable de CO2 dans les puits de carbone :

  • Dans leur chaîne de valeur : au sein de puits de carbone naturels (terres agricoles et forestières) ou technologiques (BECCS, DACCS...), détenus par l’entreprise ou présents dans sa chaîne de valeur,
  • Hors de leur chaîne de valeur : via l’achat de crédits carbone certifiés, ou d’autres dispositifs de financement de la séquestration carbone suivant une méthode rigoureuse et reconnue par des institutions de référence (exemple : méthodologies Gold Standard, Verra, etc.).

Comme pour le point précédent, les puits dans la chaîne de valeur doivent être considérés comme prioritaires par rapport aux puits en dehors de la chaîne de valeur, car ils sont directement liés au périmètre de responsabilité de l’entreprise.

4. Communication

Principe 10 : Communiquer de façon rigoureuse et transparente

Si les entreprises souhaitent communiquer sur leur stratégie climat, elles doivent le faire de façon rigoureuse et irréprochable.

Par souci de transparence, et pour mettre en valeur les progrès réalisés, les entreprises sont encouragées à communiquer, en interne et en externe, sur le contenu et les résultats de leur stratégie climat. Cependant, il faut faire attention au greenwashing !

L’entreprise fera attention à employer des formulations qui reflètent fidèlement la réalité des résultats, et promeuvent une approche rigoureuse de l’enjeu climat. En particulier, conformément à l’avis de l’ADEME sur la neutralité, et à son avis d’experts sur l’utilisation de l’argument “Neutralité carbone” dans les communications, les allégations de neutralité carbone de l’entreprise ou de ses produits, services ou événements sont fortement déconseillées. La notion de “compensation des émissions” est également déconseillée. L’entreprise est plutôt invitée à mettre l’accent sur sa contribution à la neutralité globale et collective, via son alignement avec les trajectoires de référence d’atténuation du changement climatique sur les trois indicateurs de réduction, d’évitement et de séquestration.

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